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Dimanche 5 mars 2006 7 05 /03 /Mars /2006 12:56

A mon arrivée à mon nouvel appartement l’été dernier dans l’ancienne concession française de Shanghaï, j’ai constaté que lorsque je devais me défaire de mes ordures, je devais donner mes déchets domestiques à un type à vélo vétuste équipé d’un bac rudimentaire qui attendait au pied de l’immeuble pour trier les rebus de mon intimité pour les livrer sans aucun doute à un centre de recyclage. Comme ça, tous les gens du voisinage peuvent savoir de quoi un étranger se nourrit. Déjà qu’à la chaîne de supermarché Carrefour, les Chinois scrutent en détail les différents aliments de mon chariot à la caisse…  Maintenant, ils peuvent en voir les résultats après consommation.

 

Cette constatation m’a donné l’idée de faire un documentaire au sujet du recyclage en Chine.

 

Je serais curieux de savoir si notre recyclage institutionnalisé dans certains de nos pays occidentaux est davantage ou moins efficace que ce système de recyclage chinois qui permet à des particuliers de subsister ou voire même de gagner leur vie. Est-ce qu’un système impliquant un certain profit au kilo de déchets pré-trié et apporté à un centre de recyclage provenant de l’initiative individuelle d’un homme y ayant vu un moyen comme un autre de subvenir à ses besoins est plus efficace que notre « système-citoyen » basé sur l’initiative de chaque poducteur de déchet lorsqu’il va porter ses déchets lui-même vers des bacs de recyclage de bouteilles vertes, de bouteilles brunes, de papier, de carton et ainsi de suite ?

 

En fait, tout doit dépendre surtout du rendement du centre de recyclage; peu importe la façon avec laquelle les déchets s’acheminent. Y a-t-il moins ou davantage de déchets apportés vers ces centres, toutes proportions gardées évidemment, si on compare la situation avec des villes comme Paris ou Berlin avec Pékin ou Shanghai? Quelle est l’efficacité des ces centres pour traiter ces déchets? Il faudrait s’attarder aussi au ratio déchets triés et capacité de traiter tel volume donné du centre en question. Un triage fait à la base du citoyen lui-même lorsqu’il va porter ses ordures vers tel ou tel bac est il plus efficace que le tri du cycliste- recycleur chinois travaillant à son compte? Connaissant la performance parfois médicocre de ces centres concernant le pourcentage du recyclage des déchets qui sont véritablement recyclés en Occcident, qu’en est il du traitement des déchets en Chine ou à Shanghaï? Jusqu’où pourrai-je aller avec mon enquête et les recherches que je ferai à travers cet éventuel reportage? Est-ce que les autorités me laisseront libre de m’informer auprès des centres de recyclage étant donné qu’elles sont plutôt habituées à ne montrer que les prouesses économiques et « high tech » du pays et non pas les aspects de ce pays qui pourraient paraître à leurs yeux moins nobles même si pour nous, il s’agît d’un intérêt qui est symptomatique d’une société en voie de conscientisation envers un problème bien moderne et actuel. Même ce travailleur indépendant: sera-t-il enclin à parler de son métier qu’il s’est lui-même attribué dans cette culture de la surface et du paraître?  Est-ce que les centres de recyclage sont des entreprises privées ou sont elles gouvernementales ?

 

Mais le fait justement que cela ne soit pas institutionnalisé en système à travers toute la ville empêche probablement statistiquement toute comparaison ou évaluation des résultats avec nos propres politiques urbaines. Il serait intéressant aussi d’analyser comment chaque culture agît face aux problèmes environnementaux vis-à-vis de l’économie. En Chine, je constate que ce qui est pour nous le produit d’une «conscientisation écologique» est dirigé ici par des lois d’ordre purement économiques et de subsistance. Par exemple, on va fermer toutes les lumières des restaurants gérés par des Chinois pendant les heures creuses car autrement on gaspillerait de l’argent inutilement tandis qu’à l’ouest, au contraire, on laisserait plutôt l’éclairage allumé afin d’attirer la clientèle pendant ces mêmes heures. Comme quoi il faut être prudent avec une analyse qui serait purement centrée autour des motifs économiques car culturellement il y a des différences entre les moyens de faire de l’argent. Il faut dire aussi que les Chinois mangent à des heures plus régulières ce qui explique en partie ce comportement. Il en va de même pour ce livreur chinois de « déchets triés ». Il n’est animé que par un désir de faire de l’argent et c’est même très positif si on se penche sur l’aspect plus général de l’évolution des mentalités en Chine car il s’est donné, de son propre chef, ce moyen de subsistance en dehors de toute organisation gouvernementale dans ce pays qui connaît une grande inégalité des chances et qui n’encourage aucunement l’initiative personnelle. Cela est loin de signifier que le Chinois moyen a cessé de tout jeter indûment par terre. Que cet intérêt envers l’initiative individuelle se propage auprès d’un milieu plus humble et qui ne s’applique pas seulement aux hommes d’affaires nouvellement enrichis est bien en soi car ça démontre un petit changement au sein de toute la société chinoise.

 

Le « soucis écologique » n’est peut-être après tout qu’un caprice de nation riche et opulente, libre de s’attarder à d’autres priorités que la subsistance et la survie au jour le jour. Paradoxalement, ce sont ces mêmes priorités de base qui animent notre Chinois- recycleur mais sans faire d’études exhaustives on peut s’apercevoir toutefois de quelques failles. Je peux illustrer cela par l’anecdote suivante.

 

Un gérant français de restaurant avec qui j’ai parlé récemment me disait qu’il a dû se débarrasser de deux de ses employés chinois qui, voulant faire un supplément sur leur maigre salaire, emmagasinaient dans leurs casiers les revues anglophones traitant de la vie nocturne shanghaïenne, distribuées gratuitement aux restaurants et aux bars . Le hic c’est que dès que les revues arrivaient, ils s’emparaient de ces revues fraîchement imprimées pour les revendre aussitôt à des centres de recyclage en ne donnant pas la chance aux clients occidentaux de les lire et ne laissant que de vieilles revues chinoises pour faire en sorte que le présentoir à journaux semble encore bien rempli. Peut-être aussi que c’est à cause qu’ils s’emparaient des paquets de revues encore ficelées et que ça comportait moins de problèmes de manipulation et de transport.

 

Dans un contexte de pays en voie de développement, l’attrait d’un profit même dérisoire pour le recyclage du papier peut permettre ce genre de dérive. Imaginons ce que cela peut donner à l’échelle de cet Empire du milliard et 300 millions d’individus et pas seulement pour le recyclage du papier. Il faudrait enquêter aussi sur le vol des câbles de cuivre pour compléter les infrastructures du pays par les paysans dans les campagnes… Les métaux étant aussi recyclés au kilo. Les répercussions économiques de ce problème doivent être énormes.

 

 

Par Machin - Publié dans : chine
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