Il pleut comme Chine qui crache sur Shanghai depuis quelques jours.
Pour ne pas entendre mes vieux voisins cracher, de mon appartement, je dois fermer la porte de la cuisine.
Ils se sont accaparé tout le palier pour faire frire ou coudre ou regarder stoïquement le mur couvert de crasse car il n’y a pas de fenêtres à part une fenêtre opaque qui laisse vaguement passer la pauvre lumière de la cour intérieure ou bien ils me regardent sortir car il n’y a pas d’autres spectacles et que regarder un étranger de si près est une véritable aubaine pour ces gens pour qui surmonter les 7 étages qui les séparent de leur univers réduit et sombre de la rue est un effort qui doit leur prendre toutes leurs énergies pour au moins une semaine durant.
En sortant pour prendre mon vélo que j’ai laissé à l’extérieur en prenant le risque de me le faire voler étant donné qu’il est flambant neuf et de marque taiwanaise –j’en avais marre de le transporter jusqu’au 7ième- j’ai dû essuyer la scelle et le guidon étrangement couverts de poussière malgré la pluie incessante de ces derniers jours, tout en essuyant les regards de tous les autres vieux qui bloquent tout le temps l’accès de mon immonde immeuble préfabriqué.
Lorsqu’on me regarde comme ça je les entends toujours murmurer le mot «étranger » … L’étranger ceci, l’étranger cela le tout accompagné de ricanements niais comme s’ils me connaissaient intimement… Plutôt énervant…
La Chine est non pas un pays émergent mais énervant que je me dis en détachant l’anti-vol de mon vélo.
Je me dirige vers une porte qui est habituellement ouverte mais je me rends compte qu’elle est fermée. Merde je dois encore passer devant tous ces petits vieux qui me dévisagent. Comme d’habitude, au lieu de me laisser le passage ils restent figés là à me regarder.
Je dois donc les bousculer; pas d’autres choix car même en leur glissant quelques « Pardonnez-moi » ils restent là les mains liées derrière le dos comme s’ils étaient condamnés après l’âge de 60 ans à observer les mais ainsi liées.
C’est normal en Chine de devoir marcher sur les gens. Du moins entre Chinois. La Chine est davantage qu’un simple territoire; la Chine est aussi constituée de Chinois en tant que territoire alors on peut marcher sur les gens. Est-ce pour cette raison qu’ils s’offusquent autant lorsqu’un étranger n’a pas d’autre choix pour sortir d’un ascenseur ou d’un wagon de métro que de pousser les Chinois qui ne comprennent pas qu’il faut laisser passer les gens qui veulent sortir avant d’entrer en quelque part ? Pourtant, jamais ils ne se sentent offusqués lorsque ce sont d’autres Chinois qui les bousculent alors qu’un étranger ne semble pas avoir le droit de fouler le sol chinois, c’est-à-dire de marcher sur les Chinois. Marcher sur le territoire chinois est le seul privilège des Chinois. Ce n’est pas que de devoir pousser des gens me soit une idée agréable; je pourrais m’en passer aisément s’il y avait un minimum de sens commun dans ce pays… Ce qui est abasourdissant dans le pays le plus peuplé du monde c’est qu’on devrait y voir ou y apprendre au contraire plein de choses au sujet du savoir-vivre en société mais on est au contraire confronté à ce genre de sauvagerie quotidienne. Ce sont eux qui ont absolument tout à apprendre du monde extérieur sans passer pour un minable néo colonisateur. 5000 ans d’histoire peut-être mais 50 ans d’un système qui a fait table rase de tout savoir-vivre.
Chaque fois que le feu est vert pour moi à pied ou à vélo un abruti en bagnole non seulement tourne à droite en me fonçant dessus mais klaxonne comme un débile. Chaque fois que je marche sur les trottoirs encombrés; une moto me fonce dessus en klaxonnant. C’est la loi du plus fort; je suis à moto donc je suis plus gros que toi qui n’es qu’à vélo ou à pied; je suis à vélo donc je suis plus fort que toi qui es à pied. La bagnole se situe évidemment au sommet de cette hiérarchie bêtement dirigée par le poids des choses et ce qui procède de la chosification des piétons. Une voiture a heurté et fait tomber de son vélo une copine française récemment. Elle s’est levée et a frappé dans la porte du chauffeur qui est resté impassible jusqu’à ce qu’il ouvre la fenêtre pour mieux lui cracher dessus et s’en aller ! Je ne sais honnêtement pas comment j’aurais réagi si une telle chose m’arrivait… Pour l’instant, je me contente de leur indiquer du doigt énergiquement que le feu est vert ou de leur faire un bras d’honneur lorsqu’ils klaxonnent guidés par leur cerveau reptilien.
Une autre fois, j’étais près de l’ambassade américaine et j’ai constaté que 4 voitures avaient brûlé le feu rouge en attendant mon tour au coin de la rue pendant autant de minutes et j’ai comptabilisé dans ce carrefour; 2 militaires, 2 types en uniformes jaune qui sont là davantage pour empêcher les piétons et les cyclistes d’entraver la circulation sacrée des bagnoles (les riches et les décideurs), un garde dans un espèce de pavillon sur le trottoir et un policier. Pas une seule personne n’a réagi à ces 4 infractions mais par contre un type en jaune est venu m’avertir de reculer un peu afin de bien laisser passer les automobilistes. Je l’ai évidemment envoyé chier.
C’est un régime laxiste léniniste dirigé par le parti cosmétique.
Bon, je dois vous laisser car je dois maintenant superviser quelques dessins animés.
A bientôt.
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